En Loire-Atlantique, les candidats au permis de conduire font face à une attente record de près de 80 jours pour passer l’examen pratique.
Cette situation, alimentée par un manque de moniteurs, une pénurie d’inspecteurs et des dysfonctionnements structurels, met sous pression les élèves, les auto-écoles et les institutions locales.
À retenir :
- Délai moyen de 80 jours pour un passage à l’examen
- Pénurie d’inspecteurs et de moniteurs
- Plateforme RdvPermis jugée inefficace
- Mobilisation inédite le 6 octobre à Nantes
- Mesures gouvernementales jugées insuffisantes
Des délais records pour le permis de conduire en Loire-Atlantique
À Nantes et dans tout le département, la crise du permis de conduire atteint des sommets. Selon Ornikar, le délai moyen pour une présentation à l’examen pratique dépasse aujourd’hui 80 jours, bien au-delà des 45 jours légaux entre deux passages. Ce chiffre grimpe même à plus de trois mois pour une première tentative.
Selon les données de la Délégation à la Sécurité Routière, la Loire-Atlantique fait paradoxalement partie des départements les mieux lotis. Dans certaines zones d’Île-de-France, les candidats patientent jusqu’à huit mois. Ce déséquilibre pousse de nombreux Franciliens à venir tenter leur chance à Nantes, ce qui accentue encore la congestion locale.
“On nous dit d’être patients, mais trois mois d’attente, c’est insoutenable quand on a besoin du permis pour travailler.”
Sarah, 21 ans, candidate
Une mobilisation sans précédent des auto-écoles à Nantes
Le 6 octobre 2025, inspecteurs et responsables d’auto-écoles ont organisé une manifestation commune sur les parkings de la Beaujoire à Nantes. Cette action s’inscrivait dans un mouvement national amorcé le 29 septembre à Paris. Les syndicats exigent le recrutement de 150 inspecteurs et de 20 délégués supplémentaires à l’échelle nationale pour répondre à la demande croissante.
Damien Mascaras, délégué régional du Snica-FO, a reconnu que la Loire-Atlantique restait “plutôt privilégiée” mais a souligné une tension croissante sur le terrain, avec des élèves et des auto-écoles à bout de patience.
Une pénurie structurelle d’inspecteurs accentuée par la réforme à 17 ans
Un manque chronique d’inspecteurs sur le terrain
Le pays ne compte actuellement qu’environ 1 200 à 1 500 inspecteurs pour plus de 1,4 million de candidats en 2023. Selon Snica-FO, cette faiblesse structurelle est le véritable goulot d’étranglement. Le nombre de candidats a augmenté de 15 % en cinq ans, tandis que les effectifs sont restés stables.
Philippe Destarkeet, secrétaire général du Snica-FO, rappelle que le coût d’un recrutement supplémentaire de 150 inspecteurs représenterait “7 à 8 millions d’euros, un investissement minime pour une politique nationale”.
Une réforme du permis à 17 ans qui a multiplié les candidatures
Entrée en vigueur le 1er janvier 2024, la réforme abaissant l’âge du permis à 17 ans a généré un afflux massif de 300 000 nouveaux candidats la première année. Selon la DSR, cette mesure a été un “succès inattendu” mais a aggravé la pression sur les places d’examen, notamment en zone urbaine.
RdvPermis, une plateforme au cœur des critiques des professionnels
Censée fluidifier les inscriptions, la plateforme RdvPermis est désormais au centre de la grogne. “Les places disparaissent en 5 secondes, c’est absolument délirant”, confie un gérant d’auto-école à Saint-Herblain. Selon la députée Sophia Chikirou, les candidats libres sont particulièrement lésés, certains n’ayant “aucun créneau disponible depuis des mois”.
Les auto-écoles dénoncent aussi des règles d’attribution changeantes et des outils numériques inadaptés à la réalité du terrain.
Des délais coûteux pour les élèves et dangereux pour le secteur
Un parcours du combattant pour les candidats au permis
Enguerrand de Boissieu, 27 ans, a attendu quatre mois avant de pouvoir se présenter à l’examen. Durant ce temps, il a dû multiplier les heures de conduite à 50 € l’heure pour ne pas perdre ses réflexes. Ce scénario est courant dans la région nantaise et entraîne un surcoût moyen de plusieurs centaines d’euros par candidat.
- Coût moyen d’une formation classique : 1 800 €
- Coût moyen en ligne : 1 100 €
- Surcoût dû aux délais : 250 à 500 €
Certains candidats prennent des risques en conduisant sans permis ou en recourant à de faux moniteurs trouvés en ligne.
Des auto-écoles sous pression économique
Gilles Cuissot, gérant d’une auto-école, confie : “On perd des élèves et on ne peut pas leur donner de dates. C’est désespérant.” Faute de créneaux d’examen suffisants, les chiffres d’affaires chutent, et plusieurs établissements envisagent une fermeture prochaine. Certains professionnels parlent ouvertement de stress et de dépression dans leurs équipes.
Tableau : délais moyens pour le permis de conduire en octobre 2025
| Département | Délai moyen (jours) | Nombre d’inspecteurs | Candidats en attente |
|---|---|---|---|
| Loire-Atlantique (44) | 80 | 42 | 8 000 |
| Paris (75) | 240 | 85 | 20 000 |
| Rhône (69) | 110 | 53 | 12 000 |
| Manche (50) | 35 | 18 | 2 500 |
Des mesures gouvernementales encore loin des attentes
Le 31 juillet 2025, François-Noël Buffet a annoncé 80 000 nouvelles places d’examen d’ici la fin de l’année, grâce au recrutement de 108 inspecteurs et à la mobilisation de retraités. Selon le ministère, les premiers résultats sont encourageants avec une hausse de 25 % en août et 59 % prévue en octobre.
Mais les syndicats restent sceptiques. Ils réclament 150 inspecteurs au lieu des 108 promis et jugent la réponse gouvernementale “trop timide face à l’ampleur de la crise”. Des actions régionales sont déjà planifiées chaque lundi jusqu’à nouvel ordre.
Un enjeu majeur pour l’emploi et la mobilité dans la région nantaise
Dans les zones rurales et périurbaines autour de Nantes, ne pas avoir le permis peut signifier ne pas pouvoir travailler. Cette situation accroît les inégalités d’accès à l’emploi et renforce le sentiment d’abandon chez de nombreux jeunes. Selon plusieurs professionnels, la crise actuelle pousse certains à conduire sans permis, un phénomène inquiétant pour la sécurité routière.
“Sans le permis, je ne peux pas aller bosser à Carquefou. J’ai dû refuser deux offres d’emploi en attendant une place.”
Julien, 19 ans
Cette crise dépasse largement le cadre administratif : elle révèle des failles structurelles profondes dans la gestion de la mobilité en France. Elle pose une question cruciale : réforme de fond ou pansement temporaire ?