Depuis le début du mois de janvier, la grève nationale des médecins libéraux bouleverse l’accès aux soins à Nantes et dans son agglomération. Entre le lundi 12 et le mercredi 14 janvier 2026, l’activité chirurgicale programmée est presque à l’arrêt dans plusieurs établissements privés, avec des centaines d’interventions reportées.
Une situation inédite, qui intervient alors que les urgences sont déjà sous très forte tension.
A retenir :
- Des centaines d’interventions programmées reportées dans les cliniques privées nantaises
- Arrêt quasi total de l’activité chirurgicale entre le 12 et le 14 janvier
- Fermeture temporaire de la maternité de la clinique Bretéché
- Urgences du CHU déjà saturées, sous pression accrue
- Mobilisation massive des médecins libéraux en Loire-Atlantique
Une activité chirurgicale quasi paralysée dans le privé
À Nantes, tous les établissements privés reposant sur des praticiens libéraux sont concernés. À l’Hôpital privé du Confluent, la direction évoque un mouvement « particulièrement suivi ». Les opérations non urgentes sont repoussées, des consultations annulées et certains cabinets médicaux temporairement fermés. Les soins lourds, comme la chimiothérapie ou la radiothérapie, restent toutefois assurés.
Même constat à la clinique Santé Atlantique, à Saint-Herblain, et à la clinique Jules-Verne. Les blocs opératoires tournent au ralenti, même si des filières spécifiques demeurent ouvertes, notamment pour les urgences de la main ou la traumatologie.
À la clinique Bretéché, la situation est encore plus critique. La participation massive des anesthésistes empêche toute intervention programmée sur la période. Les blocs opératoires sont à l’arrêt complet pendant trois jours, une première pour l’établissement.
Fermeture exceptionnelle de la maternité de la clinique Bretéché
L’impact de la grève dépasse largement la chirurgie. À la clinique Bretéché, la maternité ferme exceptionnellement ses portes pour les nouvelles admissions. La majorité des gynécologues-obstétriciens et des pédiatres libéraux se sont joints au mouvement.
Les patientes ont été orientées vers d’autres structures, notamment Santé Atlantique, Jules-Verne ou le CHU de Nantes, qui continuent d’assurer les accouchements. Seules les femmes déjà hospitalisées avant le début de la grève bénéficient d’un suivi sur place.
Des urgences déjà saturées, sous pression maximale
Cette mobilisation survient dans un contexte sanitaire extrêmement tendu. Début janvier, les urgences du CHU de Nantes ont enregistré des records d’affluence, avec plus de 160 patients en attente simultanément et des délais dépassant parfois 15 heures.
Selon les responsables du Samu 44, le nombre d’appels a atteint des niveaux inédits depuis la crise du Covid-19, porté par l’épidémie de grippe, les conditions météorologiques hivernales et désormais les reports de soins liés à la grève. La direction du CHU confirme un report massif de patients vers les urgences et la permanence des soins.
Une mobilisation massive en Loire-Atlantique
En Loire-Atlantique, la mobilisation est décrite comme exceptionnelle. Les syndicats annoncent jusqu’à 80 % de grévistes dès les premiers jours. De nombreux médecins ont désactivé leurs agendas en ligne, y compris des généralistes de l’agglomération nantaise.
Face à cette situation, des réquisitions ont été mises en place dans les Pays de la Loire. L’Agence régionale de santé Pays de la Loire rappelle les consignes : appeler le 15 avant tout déplacement aux urgences et utiliser le 116 117 pour la permanence des soins en soirée et le week-end.
Les raisons d’une colère durable
Derrière ces perturbations, une contestation profonde du cadre budgétaire et réglementaire. Les médecins libéraux dénoncent le budget de la Sécurité sociale 2026, jugé insuffisant, ainsi que le renforcement du contrôle sur les prescriptions d’arrêts de travail et la possibilité pour l’Assurance-maladie de modifier unilatéralement les tarifs.
Même si certaines mesures ont été retirées du texte final, la mobilisation se poursuit. Les cliniques privées nantaises, elles-mêmes dépendantes de l’activité libérale, parlent d’une menace directe pour l’équilibre du système de soins, dans un contexte déjà fragilisé par la pénurie de médecins.