L’abattage annoncé de plusieurs platanes rue Saint-Domingue, sur l’île de Nantes, soulève une vive émotion. Officiellement, il s’agit d’une réponse sanitaire urgente face au chancre coloré, une maladie incurable et hautement contagieuse qui menace le patrimoine arboré nantais.
Cette décision met en lumière les tensions entre impératifs écologiques et enjeux de santé végétale.
À retenir :
- Chancre coloré confirmé sur un platane rue Saint-Domingue le 1er septembre 2025.
- Abattage obligatoire dans un rayon de 50 mètres autour de l’arbre malade.
- Maladie incurable, très contagieuse, classée organisme de quarantaine européen.
- Interdiction de replanter des platanes dans la zone durant plusieurs années.
Un foyer de chancre coloré détecté après six ans d’absence
Le 1er septembre 2025, les services de Nantes Métropole ont détecté un arbre suspect rue Saint-Domingue, à proximité du Floride et du Karting. Les analyses menées par la DRAAF ont confirmé une infection au chancre coloré du platane, causée par le champignon Ceratocystis platani.
Selon la DRAAF Pays de la Loire, ce diagnostic signe le retour de la maladie à Nantes, absente depuis 2019. À l’époque, un foyer avait été repéré aux abords du marché de Talensac. Cette résurgence inquiète car le patrimoine arboré local compte près de 4000 platanes, essentiels à la qualité paysagère et climatique de la ville.
“C’est une maladie foudroyante qui ne laisse aucune chance à l’arbre infecté. L’abattage est la seule issue. »
Un ingénieur phytosanitaire de la DRAAF
Un protocole sanitaire strict imposé par la préfecture
Un arrêté préfectoral du 17 octobre 2025 encadre précisément les opérations à venir. Il prévoit l’abattage de tous les platanes situés dans un rayon de 50 mètres autour de l’arbre malade. Cette mesure répond à la réglementation européenne sur les organismes de quarantaine végétale.
Tous les arbres seront incinérés pour empêcher toute dispersion du champignon. La zone concernée englobe une partie importante de la rue Saint-Domingue, artère emblématique de l’île de Nantes.
Une maladie redoutable et sans traitement
Le chancre coloré agit vite et de façon invisible. Il provoque un dessèchement complet de l’arbre en deux à cinq ans, y compris sur des sujets parfaitement sains. Selon le ministère de l’Agriculture, aucun traitement curatif n’existe à ce jour.
Le champignon se transmet de plusieurs manières :
- par les racines qui fusionnent entre arbres,
- par les plaies sur les troncs et branches,
- par les outils et engins contaminés,
- et par l’eau et le vent transportant des spores.
Selon Plante & Cité, l’agent pathogène peut survivre des années dans le bois mort et le sol, d’où la rigueur des mesures de désinfection imposées sur place.
Une menace nationale pour le patrimoine platane
Originaire des États-Unis, le chancre coloré a été introduit en France en 1944 via des caisses militaires américaines. Depuis, il a décimé plus de 50 000 platanes sur le territoire national.
Des foyers sont aujourd’hui présents dans le sud (PACA, Occitanie) et remontent vers le nord. L’apparition à Nantes, Strasbourg et Paris illustre une progression lente mais continue. Selon le CNRS, cette évolution est renforcée par le changement climatique, qui affaiblit la résistance naturelle des arbres.
De nouvelles obligations pour les propriétaires à Nantes
L’arrêté préfectoral prévoit aussi un arsenal de mesures préventives pour tous les détenteurs de platanes dans la commune :
- Déclaration obligatoire avant toute intervention sur les racines ou le tronc.
- Signalement immédiat en cas de symptômes suspects.
- Désinfection stricte des outils après chaque usage.
- Interdiction d’extraire de la terre dans la zone contaminée.
- Surveillance phytosanitaire annuelle obligatoire.
Selon Nantes Métropole, cette vigilance renforcée restera en vigueur au moins jusqu’au 31 décembre 2029.
Une décision douloureuse au cœur d’un projet de végétalisation
Cette opération intervient paradoxalement dans une période de forte végétalisation de l’île de Nantes. Le “Jardin du rail”, parc de 3 hectares prévu dans le secteur, devait s’appuyer sur l’alignement existant de platanes. Ce scénario devra être entièrement repensé.
Le projet global vise à créer 21 hectares d’espaces verts supplémentaires d’ici 2030. Or, la réglementation interdit toute replantation de platanes dans la zone contaminée. Les paysagistes devront miser sur d’autres essences plus résistantes.
Témoignage :
“C’est un crève-cœur de voir ces arbres partir. On passait sous ces platanes depuis 30 ans.”
Élodie, habitante du quartier
Vers une gestion plus résiliente du patrimoine arboré
Chaque année, Nantes abat en moyenne 100 à 150 arbres pour raisons sanitaires ou sécuritaires. Une filière locale permet de valoriser le bois abattu en mobilier urbain, paillage ou compost, afin de limiter l’impact environnemental.
Selon Serpe Environnement, la diversification des essences plantées est désormais un enjeu stratégique. Elle permet de réduire les risques d’épidémie généralisée, comme celle que représente aujourd’hui le chancre coloré.
“Diversifier, c’est protéger la ville de demain.”
Un technicien du service des espaces verts