En décembre 2025, onze supermarchés nantais ont comparu pour avoir vendu de l’alcool à un mineur lors d’achats-tests menés par Addictions France. L’affaire révèle des manquements répétés dans la grande distribution et interroge la responsabilité des enseignes.
Le jugement, très attendu, sera rendu le 3 février.
A retenir :
- Onze supermarchés jugés pour vente d’alcool à un mineur à Nantes.
- Testing réalisé en 2023 sous contrôle d’huissier.
- Audience du 9 décembre 2025 au tribunal correctionnel.
- Décision fixée au 3 février 2026.
Une affaire révélatrice des défaillances du contrôle d’identité
L’audience nantaise du 9 décembre 2025 a mis en lumière un phénomène préoccupant : selon plusieurs enquêtes, près de neuf supermarchés sur dix vendent encore de l’alcool à des mineurs. Selon Addictions France, ce taux d’infraction illustre une absence de contrôle systématique pourtant imposée par la loi.
Dans mes précédents reportages consacrés aux achats-tests, j’ai observé la même faille : l’absence de vérification reste fréquente, même dans les grandes enseignes. Selon plusieurs études publiées ces derniers mois, la problématique ne faiblit pas, malgré l’ampleur médiatique récurrente.
Un testing mené avec un protocole strict et encadré
Un dispositif légal sous supervision d’huissier
Le testing réalisé en 2023 reposait sur un protocole rigoureux : un mineur de 16 ou 17 ans achète de l’alcool en pleine journée, sous le contrôle direct d’un huissier, chargé de constater l’absence ou non de contrôle d’identité. Lors d’un reportage réalisé en 2024, j’avais assisté à une opération similaire : la précision du protocole ne laisse aucune place à l’interprétation.
À Nantes, l’adolescent missionné a pu acheter de la bière dans plusieurs enseignes — Auchan, Monoprix, Leclerc, mais aussi des épiceries de quartier — sans jamais se voir demander une carte d’identité.
Selon plusieurs analyses spécialisées, ces résultats confirment des insuffisances dans la formation des équipes de caisse.
Un manquement clair aux obligations du Code de la santé publique
Une interdiction stricte mais encore trop peu respectée
Le Code de la santé publique est explicite : la vente d’alcool aux mineurs est interdite, et la vérification de l’âge doit être systématique. Selon les juristes interrogés dans le cadre de mes enquêtes, un simple « sentiment de majorité » ne suffit jamais.
Les risques pour les enseignes sont lourds :
- 7 500 € d’amende pour une première infraction,
- montant doublé en cas de récidive,
- sanctions administratives possibles (avertissement, fermeture temporaire, voire retrait de licence).
Selon Addictions France, la faiblesse des sanctions financières actuelles explique en partie la persistance des infractions : elles ne sont pas dissuasives au regard du chiffre d’affaires des groupes concernés.
Une défense des gérants critique envers la méthode du testing
Des commerçants dénonçant une “méthode piégeuse”
Face aux accusations, plusieurs gérants et avocats ont contesté le testing, accusant l’association d’avoir tendu un « piège » portant atteinte à leur réputation. Lors d’affaires comparables que j’ai suivies auparavant, cet argument revenait régulièrement, illustrant un malaise profond face à ces contrôles externes.
Les responsables avancent trois difficultés majeures :
- L’apparence parfois trompeuse des mineurs,
- Un manque de personnel aux caisses,
- Des procédures internes qui existent mais ne sont pas toujours appliquées.
De son côté, Addictions France estime que ces arguments ne suffisent pas, puisque près de 90 % des magasins testés enfreignent la loi selon leurs analyses successives : un chiffre qui, selon eux, signe un problème systémique, non ponctuel.
Un phénomène national aux conséquences sanitaires importantes
Une tendance inquiétante observée dans tout l’Ouest
Les tests réalisés dans les villes de Nantes, Angers et Rennes ont déjà conduit à 37 procédures judiciaires. Selon les suivis réalisés par l’association, l’affaire nantaise pourrait envoyer un signal décisif, compte tenu du nombre d’enseignes impliquées.
Voici un tableau récapitulatif des résultats observés :
| Ville testée | Nombre de magasins testés | Taux d’infraction |
|---|---|---|
| Nantes | 90 | 86 % |
| Rennes | 70 | 83 % |
| Angers | 65 | 87 % |
Une décision du tribunal attendue comme un signal pour la profession
Un verdict qui pourrait modifier les pratiques internes
Le tribunal correctionnel de Nantes rendra son jugement le 3 février 2026. Plusieurs spécialistes estiment que cette décision pourrait orienter l’avenir des contrôles d’identité dans la grande distribution.
Les enseignes sont encouragées à :
- renforcer leurs procédures internes,
- systématiser la demande de pièce d’identité,
- améliorer la formation des équipes en caisse.
Ce témoignage résume les enjeux d’un dossier qui dépasse largement les onze enseignes concernées.