À Nantes, le nom de la place du Cirque garde la trace d’un lieu de spectacles aujourd’hui disparu. Il rappelle aussi la transformation d’un quartier autrefois bordé par l’Erdre.
Pour comprendre cette appellation, il faut suivre le cirque Paquer, puis observer comment la rivière, les rues et les usages urbains ont changé. Ces repères éclairent les éléments essentiels de son histoire locale.
A retenir :
- Un nom lié au cirque Paquer et aux spectacles nantais
- Une appellation officielle adoptée le 29 octobre 1837
- Un quartier transformé après le comblement de l’Erdre
- Une mémoire ancienne inscrite dans la toponymie nantaise
Pourquoi la place du Cirque à Nantes porte ce nom
Cette appellation s’explique d’abord par la présence d’un établissement de spectacle, installé à proximité au XIXe siècle. Le nom de la place a ainsi conservé le souvenir d’un ancien cirque, même après la disparition de son bâtiment.
Du projet d’usine au cirque Paquer
Le bâtiment à l’origine de cette histoire avait d’abord été conçu en 1830 pour accueillir une usine destinée à l’éclairage au gaz. Le projet industriel fut abandonné après les travaux, et son propriétaire, le vétérinaire Paquer, choisit une autre vocation.
Selon Stéphane Pajot, l’édifice prit ensuite une fonction liée au cirque, tandis que les sources mentionnent une inauguration le 24 novembre 1833. Cette chronologie distingue l’ouverture rapportée de l’installation ultérieure du cirque dans les récits historiques.
Le lieu accueillait des spectacles dans une construction permanente, plutôt que sous un chapiteau itinérant. Cette différence explique pourquoi les Nantais pouvaient associer durablement le bâtiment et le quartier au mot « cirque ».
De la salle des Variétés au Cirque olympique
Dans le même secteur, l’architecte Joseph-Fleury Chenantais fit édifier la salle des Variétés, inaugurée en 1836. Située à l’angle de la rue de l’Arche-Sèche et de l’allée d’Orléans, elle accueillit ensuite le Cirque olympique.
Selon l’ouvrage Iconographie de Nantes, la salle eut d’abord une vocation théâtrale, avant que le cirque ne prenne davantage de place dans son histoire. La comédienne Virginie Déjazet figure parmi les artistes qui s’y produisirent, reliant théâtre et spectacles populaires.
Pour situer les principales étapes, cette chronologie distingue les transformations du bâtiment et celles du nom de la place.
Repère
Événement
1830
Construction prévue pour une usine d’éclairage au gaz
1833
Inauguration du cirque rapportée par les sources
1836
Inauguration de la salle des Variétés
29 octobre 1837
Adoption du nom place du Cirque
Années 1930
Comblement de l’Erdre dans le secteur
De la place de l’Abreuvoir à la place du Cirque
À mesure que le voisinage se développe autour des lieux de spectacle, le nom de la place évolue lui aussi. Cette étape révèle comment la toponymie fixe dans l’espace public une activité devenue familière.
Une appellation officielle depuis 1837
Avant de porter son nom actuel, la place était appelée place de l’Abreuvoir. Selon Édouard Pied, le changement officiel intervient le 29 octobre 1837, en référence au cirque installé à proximité.
Le nom ne désigne donc pas nécessairement un cirque construit au milieu de la place. Il renvoie à un établissement voisin, connu sous les appellations de cirque Paquer et de cirque du Chapeau-Rouge.
Les repères suivants permettent de distinguer les lieux et les changements associés à cette appellation.
- Place de l’Abreuvoir, nom antérieur de la place
- Cirque Paquer, établissement à l’origine du nom
- Rue du Chapeau-Rouge, emplacement du premier bâtiment
- Salle des Variétés, autre lieu de spectacle voisin
Une place autrefois tournée vers l’Erdre
La place bordait autrefois la rive droite de l’Erdre et dessinait un hémicycle face au pont de l’Hôtel-de-Ville. Ce paysage ancien diffère nettement du carrefour urbain que traversent aujourd’hui le cours des 50-Otages et le tramway.
Le comblement de la rivière, réalisé dans les années 1930, a profondément modifié la lecture du site. Selon Henri de Berranger, l’histoire des rues nantaises permet de replacer ces transformations dans l’évolution générale du centre-ville.
Ce que le nom révèle de l’histoire locale nantaise
Après les changements du paysage, le nom demeure comme un indice pour lire les usages anciens du centre-ville. Il relie le quartier actuel à une période où théâtre, cirque et vie urbaine se côtoyaient.
Lire la toponymie dans le paysage actuel
Aujourd’hui, la place se trouve au pied de la tour Bretagne et relie plusieurs rues et allées du centre nantais. Le cours des 50-Otages la traverse, tandis que la ligne 2 du tramway longe le secteur.
La rue de l’Arche-Sèche, l’allée d’Orléans et l’allée Duquesne comptent parmi les voies qui desservent cet espace. Pour un passant, ces noms et tracés rendent visible la superposition entre ancienne rive, lieux de spectacle et aménagements contemporains.
Quelques éléments aident à reconnaître les différentes strates historiques du quartier sans confondre leurs fonctions.
- Le nom de place, mémoire du cirque disparu
- Le cours des 50-Otages, axe actuel du centre-ville
- La tour Bretagne, repère dominant depuis 1976
- Les rues voisines, témoins des anciens parcours urbains
Un ancien cirque dans la mémoire de Nantes
Le bâtiment du cirque a disparu, mais son empreinte survit dans le nom et les récits consacrés à Nantes. Ce cas montre que la mémoire urbaine ne dépend pas uniquement de la conservation des édifices.
Le terme « amphithéâtre » évoque ici la forme d’un lieu conçu pour rassembler un public autour des artistes et des spectacles. La place du Cirque rappelle ainsi une ancienne géographie culturelle, aujourd’hui lisible dans la toponymie et l’histoire locale.
Source : Stéphane Pajot, « Nantes histoire de rues », d’Orbestier, 2010 ; Édouard Pied, « Notices sur les rues de Nantes », 1906 ; Henri de Berranger, « Évocation du vieux Nantes », Les Éditions de Minuit, 1975.